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Le secteur de la santé en Europe est porteur de croissance sur le court, moyen et long terme

Christine Lebreton

GÉRANTE DU FONDS TOCQUEVILLE SILVER AGE ISR (FR0000446304)

Publié le 25 Mai 2020


Au-delà de la crise sanitaire que nous vivons depuis plusieurs mois, le secteur de santé est il un secteur structurellement porteur ? Le secteur de la santé n’est pas seulement plébiscité pour son caractère défensif à court terme. Il est également porteur de croissance structurelle sur le moyen et long terme. Aussi, la surperformance du secteur est ancienne. Ainsi, si l’on considère l’indice Stoxx Europe 600 Healthcare par rapport au Stoxx Europe 600, les gains délivrés sont de respectivement +4% contre -19% depuis le début de l’année, de +24% contre -8% sur trois ans, de +28% contre -3% sur cinq ans. Le contraste est encore plus net sur une période de dix ans, où l’indice Santé fait +217% et l’indice général +83%. Quels sont les principaux atouts du secteur ? La qualité intrinsèque du secteur tient à plusieurs grandes thématiques : la démographie avec l’augmentation et le vieillissement de la population ; les besoins médicaux non satisfaits qui stimulent l’innovation pour trouver de nouveaux traitements ou améliorer des traitements existants (certaines entreprises du secteur investissent jusqu'à 20% de leur chiffre d'affaires dans la recherche et le développement) ; la croissance des dépenses de santé dans les pays émergents avec l’augmentation du niveau de vie et la mise en place de systèmes de santé ; le développement des maladies chroniques avec l’occidentalisation des modes de vie (alimentation, sédentarisation, urbanisation). Il est important de relever que la progression du secteur depuis le début de l’année recouvre des réalités diverses… Alors que les laboratoires, Sanofi, Roche, Novartis, GlaxoSmithKline, AstraZeneca sont en hausse d’un peu plus de 6%, les équipements et services à la santé sont en baisse de 4%. Les grands groupes pharmaceutiques ont publié au premier trimestre un chiffre d’affaires supérieur aux attentes, gonflé par un phénomène de stockage de médicaments pour certaines pathologies. Compte tenue d’une normalisation de la situation à venir, les perspectives n’ont pas été modifiées et les dividendes n’ont pas été coupés. Au sein des équipements et services à la santé, les diagnostics et imageries médicales tirent leur épingle du jeu en raison de la crise avec des sociétés comme Biomérieux, Diasorin, Qiagen, Siemens Healthineers, Philips... D’autres acteurs qui répondent à des besoins spécifiques non reportables se sont également bien comportés tels que Coloplast ou encore Fresenius Medical Care. En revanche, les segments relatifs à des interventions électives ont été mis à mal, par exemples l’optique, les implants dentaires, l’aide à l’audition, les prothèses orthopédiques. Que peut-on présager pour la suite des événements ? Il n’est pas évident de répondre à la question. Nous avons la conviction que la crise sanitaire actuelle aura un impact durable. Toutefois, il est difficile de présager que les gagnants d’aujourd’hui seront nécessairement ceux de demain… Dans un monde totalement déconfiné avec un retour à la normal progressif, certains groupes fortement pénalisés pourraient retrouver des valorisations plus élevées. Par ailleurs, certains fournisseurs de diagnostics montrent une certaine prudence quant au fait que les produits massivement commercialisés présentement, le sont dans une approche sociétale, avec un pricing limité, et génèrent de ce fait moins de marge que les tests de routine. De même, face à l’incapacité des visiteurs médicaux de se déplacer ou à la réticence de certains malades à aller consulter leur médecin, les laboratoires pourraient, en particulier dans le cas d’une deuxième vague de la pandémie, finir par avoir un pan de leur activité mal orientée. De surcroit, il va falloir composer avec plusieurs paramètres positifs et négatifs. D’un côté, il y a une prise de conscience des autorités de devoir investir davantage pour parer aux besoins de diagnostics et d’équipements médicaux. Aux Etats-Unis, sur les 2 000 milliards de dollars de plan de relance annoncés par le gouvernement, 130 milliards de dollars sont destinés directement au secteur de la santé (soit une hausse de près de 4 % du montant annuel des dépenses de 3 700 milliards de dollars en 2019 aux Etats-Unis). En France, le gouvernement a signalé une hausse des dépenses consacrées à l’achat de matériel médical de plus de 3 milliards d’euros. Cependant, une part significative de la population a perdu en pouvoir d’achat ou est devenue plus craintive et pourrait changer ses habitudes de consommation de produits et équipements médicaux. Peut-on avancer des sociétés qui quelle que soit l’évolution de la situation devraient conserver un cap haussier ? Pour les laboratoires pharmaceutiques, la performance boursière est très liée à celle de la topline qui est elle-même liée à la croissance du portefeuille des produits existants, ce qui suppose de s’intéresser à l’expiration des brevets, et au lancement de nouveaux produits qui dépendent de l’avancée et du succès des études cliniques. Sauf à voir un médicament concurrent qui émerge soudainement ou à ce que les autorisations requises pour la commercialisation d’importants traitements soient refusées, toutes ces sociétés ont les reins solides. Que pensez du fleuron pharmaceutique français Sanofi ? La société s’est dotée d’un nouveau CEO qui a annoncé un programme visant à stimuler la croissance du portefeuille existant, notamment avec le Dupixent, un véritable Blockbuster potentiel. Lors de leur dernier capital market day, la direction a promis un chiffre d’affaires cible pour ce produit de plus de 10 milliards d’euros. Cette trajectoire parait atteignable en l’absence de concurrence manifeste sur le segment. Quel regard avez-vous sur son positionnement dans les vaccins ? Le laboratoire a dernièrement fait état d’un potentiel regain d’intérêt pour la vaccination contre la grippe, particulièrement en Chine. Cependant, le groupe est également très présente dans les vaccins réalisés lors de voyages dans des pays exotiques qui sont limités actuellement. La société vous parait-elle en bonne place dans la course au vaccin et au traitement du Covid-19 ? Personne n’a une idée de qui sera le grand victorieux de cette compétition. Sanofi a les compétences pour l’emporter, ce d’autant plus qu’elle a uni ses forces à celles de Glaxo sur une des approches explorées. Plusieurs essais cliniques sur le Plaquenil/Hydroxychloroquine sont en cours. Un essai clinique avec Regeneron sur Kevzara (un anti IL6) est en cours, avec des résultats sont attendus d’ici fin juin. Le groupe a publié un point le 27/04 qui montre que le traitement peut avoir un effet positif, mais seulement sur les patients présentant les formes les plus « critiques » de la maladies. Cependant, d’autres sociétés d’envergure ont fait état d’un flux d’information positif sur le front de la lutte anti Covid-19. Ainsi, la société américaine Gilead a avancé un traitement antiviral expérimental basé sur le remdesivir qui représente l’une des options thérapeutiques pour laquelle il y a beaucoup d’espoir. Roche a indiqué avoir un produit qui dispose de 5 indications dont 1 spécifique au SARS-CoV-2. déjà intégrée dans les référentiels de soin en Chine. Les résultats des essais sont attendus pour juin-juillet 2020. Enfin, la biotech Moderna a été en mesure grâce à sa plateforme novatrice d’obtenir un vaccin candidat en seulement 63 jours. Un essai clinique est en cours. Le vaccin pourrait être disponible pour certaines catégories professionnelles d’ici l’automne 2020. Investissez-vous dans les sociétés de biotechnologie ? Nous avons une exposition historique sur les valeurs biotech dans le fonds. Dans ce contexte de crise, il y a une aversion au risque très palpable qui pousse à rester à l’écart des petites capitalisations boursières qui ne présentent pas des bilans solides et des cash flows abondants. Or les sociétés de biotechnologie ont souvent le désavantage d’être d’une taille limitée et de ne pas toujours présenter une visibilité suffisante. Elles sont parfois peu diversifiées, ont une seule plateforme ou un seul produit, et ont ainsi l’essentiel de leurs enjeux dans le même panier. En fonction des résultats des études cliniques, leur sort est binaire. Elles ont également des besoins de refinancement considérables. C’est ce qui explique que même en l’absence de mauvaises nouvelles, beaucoup sont mises à mal depuis le début de l’année. La consolidation est-elle une thématique que vous jouez ? Pas tellement même si de nombreux laboratoires ont indiqué que du fait de la crise, les prix d’acquisition sont devenus plus raisonnables. Dernièrement, nous avons pu voir une offre de Thermo Fisher Scientific sur Qiagen. Quels principaux mouvements liés au secteur avez-vous réalisé à l’intérieur du fonds ? Nous avons vendu Siemens Healthineers, Galapagos, Alcon, Evotec, Eurofins et DBV, ces valeurs ne présentant pas des pratiques ESG suffisantes pour être éligibles au fonds. En face de ces ventes nous avons renforcé Orpea, Lonza, Sanofi, Grifols. Nous avons enfin entré Zur Rose (pharmacies online). Comment expliquez-vous la notation Morningstar du fonds que vous gérez ? La performance du fonds est comparée à celle de l’indice MSCI World Healthcare alors que le fonds est européen. Or sur cinq ans, l’indice européen a fait +29%, contre +47% pour l’indice Monde. En outre, le fonds est éligible au PEA, ce qui suppose d’avoir au moins 75% des encours investis dans des valeurs de la zone euro. Or l’indice européen est composé à hauteur de 37% de valeurs suisses. Roche et Novartis représentent environ 15% de l’indice chacune. Qui plus est, le ratio d’emprise limite la performance du fonds face à des mastodontes comme AstraZeneca, Sanofi qui représentent respectivement 10% et 8% de l’indice européen. Enfin depuis 2016, le fonds a été ouvert à la thématique du vieillissement de la population à hauteur de 20%. Le fonds n’est donc pas pur santé. A ce propos, il est à noter que depuis le 22 mai dernier, nous avons changé le positionnement du fonds en « Silver age » afin de nous donner plus de flexibilité dans nos investissements. A ce titre, notre fonds Tocqueville Actions Santé+ a été rebaptisé Tocqueville Silver Age ISR. La santé restera un cœur fort d’investissement. Cela permettra d’avoir un univers élargi plus en phase avec l’indice européen qui est le benchmark du fonds. Il est à relever que le fonds a obtenu récemment le label ISR… Effectivement, cette démarche s’inscrit dans celle du groupe. Dans le même registre, le 25 février dernier, Climetrics a attribué à notre fonds la note maximale de 5 pour sa performance climatique dans le cadre du Top 5 " European equity funds for climate performance ". Soutenu par les organisations internationales à but non lucratif CDP et l'ISS ESG, Climetrics permet à tous les investisseurs de sélectionner des fonds qui permettent aux entreprises de mieux gérer les questions liées au changement climatique, à la sécurité de l'eau et à la déforestation. Retrouvez le fonds Tocqueville Silver Age ISR (FR0000446304) commercialisé sur EasyBourse en cliquant ici 

Imen Hazgui

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