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Bourse : qu’attendre de 2022 ?

Après une bonne année sur les marchés, les experts anticipent une remontée des taux d’intérêt. Mais la croissance devrait se maintenir et assurer la rentabilité des actions.

Des indices qui évoluent non loin de leurs plus hauts historiques, des entreprises qui retrouvent le chemin de la Bourse, tout comme les investisseurs particuliers : tous les indicateurs ont été au vert sur les marchés boursiers en 2021. « Ce fut une année spectaculaire, mais le marché n’est pas dans un territoire de bulle », résume Romain Boscher, directeur de la gestion actions chez Fidelity.


Vingt et un ans après avoir battu un record au moment du gonflement de la bulle Internet, l’indice CAC 40 a enregistré un nouveau sommet, début novembre, et les stratèges de la Société générale, Roland Kaloyan et Charles de Boissezon, ont en ligne de mire, pour la fin 2022, un CAC 40 à 7 500 points.


Alors que, ces dernières années, quelques entreprises avaient décidé de se retirer de la cote, plus d’une soixantaine de sociétés ont fait le chemin inverse à la Bourse de Paris, un niveau inégalé depuis plus de dix ans, tandis que près de 4 milliards ont été levés. Quant aux épargnants, ils boudaient la Bourse depuis la crise financière de 2008 et n’étaient plus que 1 million environ, en 2019, à être actifs sur les marchés, mais ce « nombre a atteint les 2,5 millions et se maintient au-dessus de ce niveau depuis trois trimestres », se félicite l’Autorité des marchés financiers, dans sa dernière étude.


Quid de 2022 ? L’apparition du variant Omicron du Covid-19 a immédiatement fait plonger les Bourses fin novembre. « On ne peut pas empêcher des réactions épidermiques, mais le monde a appris à vivre avec le virus, et on ne fermera plus les économies comme en 2020. La crise que l’on a connue a été un accélérateur des tendances avec plus de digitalisation et plus de conscience de la situation climatique », temporise Catherine Garrigues, responsable de la gestion d’actions chez d’Allianz Global Investors. « Il ne faut pas être obnubilé par la situation sanitaire, même si des scénarios dramatiques ne sont pas à exclure. Ce qui tient le marché, c’est la masse des liquidités qui s’y déverse », explique Jean-Jacques Friedman, directeur des investissements chez Vega IM.


Serrer la vis


Toutefois, la politique monétaire menée par les banques centrales devrait être moins accommodante en 2022. Or, c’est l’abondance des liquidités qui a largement contribué à la hausse des marchés ces dernières années. La persistance de l’inflation pourrait conduire les grands argentiers à serrer la vis. « On n’est pas dans la même situation des deux côtés de l’Atlantique. Ce qui est certain, c’est que la période de désinflation que l’on a connue entre 2008 et 2020 est terminée », fait remarquer Mme Garrigues.


Dans ses « prévisions chocs pour les marchés pour 2022 », Saxo Banque imagine même un scénario où l’inflation américaine atteint un rythme annualisé de 15 %, à l’aube de 2023, pour la première fois depuis la seconde guerre mondiale ! Prise au dépourvu, la Réserve fédérale resserrerait sa politique monétaire trop mollement et trop tardivement, dans une tentative désespérée d’endiguer l’inflation.


Ce scénario catastrophe est loin d’être probable aux yeux de tous. « Nous nous attendons à une remontée des taux d’intérêt dans le monde tout au long de 2022, mais cela ne devrait pas trop fragiliser les marchés actions tant que nous restons dans un contexte de taux réels historiquement bas », indique M. Boscher.


Les entreprises ont fait preuve d’une belle résilience au cours de la crise sanitaire, surprenant même positivement les investisseurs avec leurs résultats au cours des deux derniers trimestres. Cependant, les difficultés d’approvisionnement qu’elles peuvent rencontrer en ce moment et le renchérissement de certaines matières premières pourraient avoir des conséquences sur leurs bénéfices en 2022.


Un horizon incertain qui n’entame pas le moral des investisseurs. « La croissance économique devrait rester au-dessus du potentiel [la croissance que l’économie peut maintenir à long terme], et les estimations des bénéfices restent pour le moment bien orientées », juge Malik Haddouk, directeur de la gestion diversifiée chez CPR AM. Il recommande de privilégier les marchés les moins chers et les secteurs les plus sensibles, à la poursuite du rebond de la croissance économique et de la hausse des taux.


En clair, les investisseurs vont devoir continuer à pratiquer la « rotation sectorielle » de leurs investissements. « Nous sommes prudents vis-à-vis des valeurs de croissance aux valorisations élevées, telles que les technologies et les logiciels haut de gamme, et nous sommes sélectifs sur les actions de type value [sous-valorisées par le marché par rapport à leur actif net], préférant des valeurs cycliques et industrielles, mais restons prudents sur les banques. Le rebond durable des valeurs bancaires est encore incertain », précise M. Boscher.


Pas de brusques ajustements


Les portefeuilles d’actions vont devoir s’adapter au nouveau contexte économique. « Il faut avoir des valeurs de croissance [dont les perspectives de croissance des bénéfices sont bonnes] des secteurs de la technologie et du luxe, mais je pense que l’on doit oser s’intéresser à quelques valeurs cycliques [dont la valeur est liée à l’évolution du cycle économique] », juge M. Friedman. « Les portefeuilles doivent être plus équilibrés, avec moins de valeurs de croissance », renchérit Mme Garrigues. Le secteur des matériaux de construction devrait ainsi profiter des plans de relance.


Pour autant, il n’est pas nécessaire de faire de brusques ajustements. « Les belles valeurs de la technologie et du luxe devraient continuer à prospérer, car l’inflation n’aura pas d’impact sur leurs marges », estime Frédéric Leroux, membre du comité stratégique d’investissement chez Carmignac. Et pas besoin de s’intéresser aux mastodontes de la technologie américaine pour profiter de cette résistance. « Il y a moins de valeurs technologiques de ce côté-ci de l’Atlantique, mais il existe néanmoins des champions mondiaux », note Mme Garrigues. Quant aux valeurs du secteur du luxe, il faudra privilégier celles qui ont le moins monté ces derniers mois.


Pour faire ses choix, il convient aussi de prendre en compte des tendances plus longues. « Les investisseurs veulent décarboner leurs portefeuilles et prennent de plus en plus en compte les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance [ESG] pour faire leur choix, cela impacte les valeurs liées aux énergies fossiles », observe Mme Garrigues. Quand la Bourse fait attention à l’avenir de la planète.



Référence: https://www.lemonde.fr/argent/article/2021/12/15/bourse-qu-attendre-de-2022_6106093_1657007.html


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