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États-unis : le Retour de Roosevelt

Si la crise de la Covid-19 laisse intact le « monde d’avant » à bien des égards, en particulier dans la volonté de la Chine d’accéder au statut de grande puissance à part entière, elle constitue cependant un net point d’inflexion de certaines tendances pour lesquelles elle joue le rôle d’accélérateur. C’est notamment le cas de la remise en cause des principes de l’économie libérale définis au cours des années 1980, sur lesquels les grandes institutions financières, en particulier le FMI, ont assis leur puissance.

Ces principes parmi lesquels figurent la libre fixation des taux d’intérêt et de change par le marché, la libéralisation des échanges et du marché du travail, la limitation du rôle de l’État à son domaine régalien – ont commencé à être nettement battus en brèche avec les opérations inédites des banques centrales déployées pour contrer la crise de 2007-2008. Ont alors été inaugurées des approches inédites, non pas tant par leur existence (déjà ancienne dans certains pays) que par leur emploi à pleine puissance par les principales banques centrales du monde.

Depuis cette époque, l’expansion monétaire débridée, les soutiens indirects aux déficits budgétaires des États, le contrôle plus ou moins avoué du niveau des taux longs et des taux de crédit privé, et enfin la prise de conscience des enjeux environnementaux dans les actions des banques centrales, ont été intégrés comme légitimes dans le discours des puissances financières.

La crise de la Covid-19 a ainsi accéléré la remise en question de l’orthodoxie monétaire et budgétaire débutée il y a 10 ans.

Changement de doctrine aux États-Unis

Ces dernières semaines, une nouvelle inflexion majeure est apparue dans le discours officiel, aux États-Unis notamment : le rôle de l’État n’est plus envisagé comme étant destiné à se réduire toujours davantage, mais comme devant au contraire se renforcer, et s’appuyer pour cela sur une augmentation des impôts sur les sociétés.

Ainsi avons-nous entendu Janet Yellen, secrétaire américain au Trésor, annoncer le 5 avril que les États-Unis envisagent de construire un large consensus mondial autour d’un taux minimal d’imposition sur les sociétés. Celui-ci passerait de 21 à 28% pour les bénéfices générés sur leur sol, et à 21% minimum pour les bénéfices réalisés ailleurs dans le monde. Un taux modeste par rapport à ce qui est en place dans de nombreux pays, notamment européens, mais qui constitue une révolution aux États-Unis où le dernier mouvement en la matière, effectué par Donald Trump peu après son arrivée au pouvoir, fut justement de baisser ce taux.


Si les États-Unis changent de doctrine, ce n’est pas seulement parce qu’ils viennent de passer sous administration démocrate, mais par intérêt bien compris, à l’heure où l’État dépense sans (presque) compter. La somme des stimuli budgétaires mis en place par les États-Unis pour passer la crise de la Covid-19 approche en effet, selon le FMI, 27% de leur PIB. Et ce n’est pas terminé : un nouveau plan d’investissements est en discussion, le « American Jobs Plan », d’inspiration rooseveltienne, portant notamment sur les infrastructures de transport, d’Internet, de soin ou d’éducation. Il pourrait atteindre 2 250 milliards de dollars, répartis sur 8 ans. Pour l’instant, ces dépenses peuvent être financées par la dette, elle-même achetée en grande partie par la Fed. Mais si l’économie américaine se reprend, la Fed n’aura plus la légitimité d’acheter autant de dette. Il ne restera donc qu’à augmenter les impôts.


Quelle conséquence sur les marchés financiers ? De façon générale, les entreprises américaines pourraient s’avérer un peu moins profitables après impôts. Cela pourrait affecter leurs cours de Bourse. Dans le même temps, cela pourrait limiter la hausse des taux d’intérêt américains, car l’État pourra recourir davantage qu’auparavant à d’autres sources de financement que la dette. Cela, à rebours, pourrait soutenir le cours des actions en regonflant leur prime de risque.


Un nouveau logiciel financier

Les effets de ce récent revirement, comme des autres inflexions identifiées, sont donc multiples, complexes. Et nul ne peut aujourd’hui les pronostiquer avec assurance. Sauf l’effet principal : mieux financé, l’État américain – et tous ceux qui le suivent dans cette démarche – pourrait retrouver un mode de fonctionnement plus durable. Et par là renforcer sa puissance, à l’heure où la Chine lui fait sérieusement concurrence. Les conséquences mettront des années à se manifester.

Ce qui importe dès maintenant est de prendre conscience que le logiciel financier des 40 dernières années a basculé, et de se tenir prêts à évoluer avec lui. Les prochaines années ne ressembleront pas aux dernières. N’est-ce pas une occasion de se réjouir ?


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