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Entre la crise actuelle et la Grande Dépression.

Il y a davantage de différences que de points communs.


Président et fondateur de l’entreprise de fintech iBanFirst, Pierre-Antoine Dusoulier donne, dans une tribune au « Monde », les raisons pour lesquelles il ne croit pas à une nouvelle crise économique, après l’épidémie de Covid-19.


Pierre-Antoine Dusoulier

PDG d’iBanFirs


Tribune. Les chiffres actuels de l’économie américaine évoquent une période très sombre de l’histoire des Etats-Unis. Heureusement, les raisons réelles de s’inquiéter sont moindres que ce que les gros titres des journaux nous laissent parfois penser.

Cette semaine, l’un des hommes les plus puissants du monde financier a dépeint un futur très sombre pour les Etats-Unis. Jerome Powell, président de la Réserve fédérale [Fed, Banque centrale américaine], s’attend à ce que l’économie américaine chute de 30 % au cours du deuxième trimestre 2020, avec un taux de chômage pouvant atteindre 25 %, voire 30 %.


Jamais une telle proportion de la population active des Etats-Unis ne s’était retrouvée sans emploi depuis la Grande Dépression, qui a débuté en 1929. Les difficultés économiques qui s’étaient ensuivies avaient duré plus de dix ans. Il avait fallu attendre la fin de la deuxième guerre mondiale pour voir poindre un rétablissement économique convaincant. De fait, à quel point faut-il être inquiet aujourd’hui ?


Pas de bulle spéculative


Fort heureusement, il y a davantage de différences que de points communs entre la crise actuelle et la Grande Dépression, à commencer par leurs causes respectives. Il y a plus de quatre-vingt-dix ans, les problèmes économiques ont commencé avec la rupture d’une bulle spéculative sur le marché des titres américains après une décennie de croissance économique débridée et de hausses faramineuses des cours.


Jérôme Powell a imprimé une énorme impulsion à l’économie. Il a d’ailleurs confié qu’il lui restait encore plus d’un tour dans son sac.


Cette fois-ci, il n’est aucunement question de l’éclatement d’une bulle. L’économie américaine fonctionnait correctement jusqu’à ce qu’elle soit artificiellement mise à l’arrêt en raison des mesures visant à endiguer l’épidémie due au coronavirus. Jerome Powell insiste sur le fait qu’il n’y a aucune raison de présumer que l’économie pourrait ne pas se remettre en route si ces mesures étaient annulées.


Les autorités américaines ont déjà débloqué près de 3 000 milliards de dollars pour soulager les souffrances économiques. Lors de la Grande Dépression, le gouvernement avait attendu quatre ans avant de mettre la main au portefeuille, débloquant non seulement bien trop peu de fonds, mais agissant aussi bien trop tard, lorsque l’on sait que les premiers mois de la dépression avaient vu quelque neuf mille banques faire faillite.


Enfin, le rôle de Powell lui-même ne doit pas être sous-estimé. Si, en 1929, la Réserve fédérale avait immédiatement baissé les taux et ouvert les vannes pour le secteur bancaire, la Grande Dépression n’aurait probablement été qu’une solide récession, selon plusieurs chercheurs.


Des taux ramenés à 0 %


Le président de la Fed ne peut en tout cas pas être accusé de rester les bras croisés tandis que se déroule une catastrophe.


Dès le milieu du mois de mars, la Banque centrale américaine a ramené les taux de 1 % à 0 %. De plus, en rachetant obligations et autres programmes, Jérôme Powell a imprimé une énorme impulsion à l’économie. Il a d’ailleurs confié qu’il lui restait encore plus d’un tour dans son sac.


Alors que, de manière générale, une telle déclaration suscite une certaine pression sur la devise, le dollar a pourtant gagné 1 % par rapport à l’euro en début de semaine. Si l’annonce franco-allemande d’un programme de soutien européen à hauteur de 500 milliards d’euros a contribué à cette hausse, le monde économique semble avoir également été attentif à la prédiction de Powell : « L’économie américaine reviendra plus forte que jamais. Et cela se produira plus vite que l’on ne pense. »


Pierre-Antoine Dusoulier (PDG d’iBanFirst)

lemonde.fr

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